10. Innervisions de Stevie Wonder
Dès les premières notes, les basslines sautillantes de Too High annoncent une fresque funk guidée par le son exquis et chaleureux du Moog. Coincé entre deux autres chefs-d’œuvre du « Mozart noir », soit le serein Talking Book (1972) et l’exhaustif Songs in the Key of Life (1976), Innervsions se définit comme un album dense et limpide, fugace et lucide, fragile et assuré. De plus, Stevie Wonder donne une résonnance sociale à son album, en abordant un large panorama thématique tel que la spiritualité, l’urbanité et l’éthique. [Uptown/Universal; 1973]
9. Illmatic de Nas
Réunissant le gratin des producteurs hip-hop de la Big Apple (Pete Rock, Q-Tip, DJ Premier et Large Professor), Illmatic représente un nouveau sommet du genre. Couronné par les fameux 5 mics du magazine The Source et porté aux nues par un succès critique unanime, cet album porte un regard clairvoyant sur les ravages de la pauvreté et de la ghettoïsation. Le succès commercial de Illmatic fut soutenu par cinq excellents singles: Halftime, It Ain't Hard To Tell, The World Is Yours, Life's A Bitch et One Love. [Columbia; 1994]
8. Endless Summer de Fennesz
Il ne faut pas se fier aux apparences : Endless Summer est un disque pop, principalement parce que l’aspect mélodique en constitue l’âme. Des constructions patientes, des mosaïques sonores naïvement abstraites et incandescentes, des textures évanescentes et vaporeuses font de cet album un sublime mariage entre le digital et le naturel, entre le signifiant et le signifié. [Mego; 2001]
7. Strong Reaction de Pegboy
Strong Reaction ne fait pas l’unanimité, mais, pour moi, c’est son imperfection qui fait sa force. Son énergie est due à sa fougue, à son impétuosité. Chacune des pièces est meublée de riffs puissants et évocateurs, de vocals à moitié chantés, à moitié vociférés et d’une impulsivité hors de contrôle. [Quarterstick: 1991]
6. Unknown Pleasures de Joy Division
De l’esprit tordu et tourmenté de Ian Curtis est né ce chef d’œuvre du post-punk manchestérien. Chaque pièce canalise le désespoir et l’accablement du chanteur, mais sans jamais sombrer dans le débordement ou la surcharge émotive. Un disque hanté par la résonnance grave et ténébreuse de la voix de Ian Curtis, par les imposantes basslines de Peter Hook et par l’hypnotique guitare de Bernard Summer. L’abandon et la solennité des musiciens, justement captée et relayée par l’attentif travail de production de Martin Hannett, contribuent à l’édification de ce monument de l’abnégation. [Factory; 1979]