20 février 2007

Billet d'humeur: Le meilleur film québécois

"Madame Blancheville, je l'aime bien, elle représente le peuple. Il y a cette espèce de mode d'avoir quelqu'un de profane, mais cette personne, qu'est-ce qu'elle apporte, au juste ?"

C’est Le Devoir de ce matin qui rapporte les paroles d’Antonio Lamer, ancien juge de la Cour suprême, au sujet des changements apportés par le gouvernement conservateur au mode de nomination des juges.

J’ai trouvé qu’il y avait dans cette réflexion un écho à l’édition d’hier soir de l’émission Bazzo.TV. On y présentait la première partie d’une série de tables rondes dont l’objectif est d’élire, à la fin de la semaine, le meilleur film québécois de tous les temps. Même si je ne vois pas nécessairement l’utilité de nommé le meilleur film (il y des bons et des mauvais films, mais est-ce qu’il y en a vraiment un qui doit se démarquer des autres ?), l’exercice est intéressant et peut amener des discussions pimentées.

Où ça me chicote, c’est dans le choix des intervenants: Jean-François Chicoine est pédiatre, Julius Grey est juriste, Marie-Louise Arsenault est chroniqueuse télé, Anne-Marie Cadieux est comédienne et Raphaël Dostie est… qui est Raphaël Dostie au juste ? Quoique ses interventions étaient les plus judicieuse et appropriées, ce qui contrastait avec celles de la magnanime ML Arsenault, dont les arguments douteux m’ont fait sourcillé à plus d'une reprise, notamment lorsqu'elle conclu que: "Mêler le documentaire, la réalité et la fiction, c’est là que s’inscrit la démarche particulière de Robert Morin". J’adore Robert Morin, mais il me semble que l’originalité de son œuvre est ailleurs. Le docu-fiction, c’était déjà présent dans le cinéma québécois bien avant. Suggestion vidéo pour ML Arsenault : Mourir à tue-tête et Les Ordres.

Je me demande qu’elle est l’expertise de chacun pour justifier leur participation à un tel débat. Les panélistes cultivent tous, inévitablement, un intérêt pour le cinéma québécois. C’est correct, je respecte le fait que chacun ait ses goûts, ses passions. J’ai mes préférences et je suis en mesure de les défendre devant mes proches. Mais est-ce que, du fait d’être cinéphile, j’ai la crédibilité nécessaire pour aller parler de cinéma devant un tel auditoire ?

Pourquoi ne pas avoir invité des intervenants du milieu, à l’instar de Cyberpresse ? Nonobstant l’intelligence et la curiosité des participants à l'émission d'hier, il me semble que les opinions de Pierre Véronneau (conservateur à la Cinémathèque), d’Yves Lever (auteur de l’Histoire générale du cinéma au Québec) ou de Ségolène Roederer (directrice des Rendez-vous du cinéma québécois) ont davanatge de poids et auraient amené un débat beaucoup plus éclairant et pertinent, non ? Il y certainement une question de disponibilité, mais je serais étonné qu’aucun(e) critique ou spécialiste n’ait été dans l’impossibilité d’être de la partie.

4 comments:

Jeff a dit…

Ils sont dans le champ ! Le top 3 des meilleurs films québécois est :

1) J'en suis
2) Angelo, Fredo et Romeo
3) Putain de chômage

Simon Dor a dit…

Malheureusement, la plupart des gens croient qu'au contraire, des spécialistes du milieu du cinéma seraient aveuglés par leur domaine. Mais bon, laissons-les tenter leur expérience, et se rendre compte qu'un "meilleur" ne sert strictement à rien. Quelqu'un se questionne-t-il pour savoir quelle est la meilleure oeuvre québécoise d'art visuel? Non. Le cinéma est malheureusement enchaîné à sa "performance".

Julie a dit…

Ok mais qu'est-ce qui distingue le "bon" film? L'évaluation que peut en faire Pierre Véronneau ou la réceptivité d'un public? Où se situe la ligne de la crédibilité de celui qui juge?
Le cinéma doit-il n'être que l'adage des initiés?

Janmi a dit…

Je ne veux pas donner l'impression que le cinéma est réservé à une élite, loin de là. Mais quand vient le temps d'évaluer l'ensemble d'un corpus tel que celui de cinéma québécois, j'ai l'impression que des spécialistes du domaine ont plus de crédibilité. Je ne remets pas en cause l'amour des panélistes pour le cinéma québécois, mais j'aurais mieux aimé connaître l'avis de quelqu'un qui connait le domaine sous toutes ses coutures.

Dans le débat de lundi, ont entendait surtout les invités parler de la société québécoise et de comment elle est représentée dans les films choisis, mais pas beaucoup de cinéma, c'est-à-dire du langage cinématographique propre aux cinéastes québécois. J'ai eu l'impression que l'emphase était mise sur la notion de "québécois" et pas tellement sur ce qu'est un "film québécois".

Quel est le langage filmique propre au cinéma québécois ? Je pense que c'est la première question à se poser dans le cadre d'un tel débat, et un spécialiste du calibre de Pierre Véronneau aurait été davantage en mesure de répondre à cette question de manière éclairée.