Le regardeur
Je suis toujours un peu contrarié lorsqu’il s’agit de trouver le mot juste qui désigne la personne qui contemple une œuvre d’art. Le terme généralement convenu est spectateur, mais je suis plus ou moins à l’aise avec ça. Même si le dictionnaire cautionne le terme, en indiquant qu’il s’agit d’un témoin oculaire d’un événement; personne qui regarde ce qui se passe sans y être mêlée, il me semble que la proximité lexicale avec spectacle complique les choses. Une œuvre est un spectacle, oui, mais la notion de spectacle suggère quelque chose d’animé, un événement qui progresse à l’intérieur d’une période de temps.
Or, c’est en lisant l’impressionnante biographie sur Marcel Duchamp, signée Judith Housez, que j’ai appris que le célèbre artiste utilisait le terme regardeur. Il me semble que l’expression est plus adéquate, plus approprié.
6 comments:
Je crois que le terme regardeur pourrait convenir à certaines œuvres d’art, mais le terme spectateur a quelques avantages que regardeur ne peut couvrir. L’expérience spectatorielle est toujours temporelle, bien que contempler une toile fixe n’implique pas un temps déterminé. Par ailleurs, bien sûr, une toile implique la plupart du temps simplement le regard dans le temps, mais une installation va souvent solliciter plus d’un sens, que ce soit le son, l’odeur, le toucher ou même encore le goût.
L’autre terme qui pourrait convenir serait récepteur. Mais, lorsqu’on en vient à parler d’interactivité, notamment avec le jeu vidéo, la passivité impliquée dans le terme récepteur vient mêler les cartes.
Raoul Ruiz suggère plutôt le "voyageur", ce qui me plaît beaucoup!
Spectateur,regardeur,récepteur,
voyageur, tous ces mots me conviennent.
Au fond, n'est-ce pas la forme d'art devant laquelle un être se trouve qui dicte le mot juste pour évoquer l'expérience, selon la qualification personnelle qu'en donne le "spectateur"?
C'est sûr, mais c'est aussi intéressant de se questionner sur les termes qu'on emploie, parce qu'ils sont - justement - le reflet de la manière dont on se perçoit soi-même dans son expérience avec une oeuvre. Par ailleurs, la définition du dictionnaire du spectateur ne me convient pas vraiment non plus... la notion de "sans y participer" devient très limitative dans certains cas (et le terme "récepteur" implique trop une communication, tout aussi à sens unique).
Les termes activateur, réacteur, interacteur, sont aussi possibles et riches comme termes.
Activateur sonne "activer cette manette ou presser ce bouton".
Réacteur me fait penser nucléaire, mais j'aime interacteur.
"Spectateur" est définitivement limitatif en 2007.
Perso, je pense qu'avec les technos qui évoluent, le mot interacteur prendra de plus en plus d'importance et de signification.
Il y a "receveur" aussi,si on pense à autre chose que le baseball.
"Les receveurs de la manifestation artistique furent éblouis" :)
Personnellement, je préfère "récepteur" à receveur. Mais au-delà de la question terminologique, il y a celle, plus intéressante, du rôle assumé par celui qui reçoit l'oeuvre d'art. On s'entendra pour dire que l'oeil que nous posons sur "Nue descendant un escalier" n'est pas le même en fonction du moment, de l'expérience, de la culture, voire de la foi que nous avons.
Benoit XVI est scandalisé par Harry Potter, bordel. Il doit bien y voir quelque chose que je ne vois pas.
L'automatisme ne choque plus aujourd'hui et Valérie ne fait plus bander personne, faut croire que les perceptions sont plus variables que les oeuvres elles-mêmes.
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