La Conspiration des ténèbres (Flicker)
"Qu'y a-t-il de plus dans le film que ce que l'œil distingue ?"
Dans mon message du 13 février, j’indiquais que j’étais en train de lire La Conspiration des ténèbres de Théodore Roszak. Et bien j’en ai terminé la lecture en fin de semaine dernière. C’est probablement un des meilleurs romans que j’ai lu depuis des lunes. Sans être un thriller ni un polar, Roszak tient le lecteur en haleine de la première à la 800ième page. Roszak n’accorde aucun répit. Sur un total de 829 pages, j'ai eu l'impression d'en avoir lu 200.
Premièrement, il importe de mentionner qu’il ne faut pas se fier au titre, qui pourrait donner de fausses pistes sur l’interprétation à donner à l’histoire. Il s’agit probablement d’un concept marketing, question de donner au livre un verni à la Code de Vinci. Oui, il y a un élément de conspiration, mais la substance du roman est ailleurs. Le titre original de l’œuvre reflète davantage cette essence. Flicker est un terme désignant le scintillement de la lumière émanant d'un projecteur de cinéma. C’est à cet insigne que loge l’intrigue.
L'histoire débute au Classic, une salle miteuse de cinéma d’art et d’essai, au début des années soixante. Jonathan y fait la connaissance de Clarissa, propriétaire de la salle et érudite du cinéma. Débute alors un voyage initiatique au cœur de l’histoire du cinéma, de L'Arrivée d'un train en la Gare de la Ciotat à Hiroshima mon amour, et qui culminera par la découverte du regretté et énigmatique cinéaste allemand Max Castle. Les films de Castle seront le point de départ d’un voyage dédaléen, des monastères suisses au Museum of Modern Art de New York, de John Huston à Orson Welles.
Mais la mobilité du personnage n’est pas prétexte à l’action, car la grande partie du livre est composé de visionnements de films et de discussions qui s’y rattachent. Évaluations, appréciations, comparaisons cinématographiques meublent le récit, mais toujours à des fins narratives. Il ne s’agit pas d’un traité sur l'histoire du cinéma, même si plusieurs passages traitent, parfois avec humour, de mouvements importants de la cinéphilie mondiale.
L’implacable mécanique et la subtile intrigue se dévoilent de manière patiente et calculée, au carrefour des labyrinthiques œuvres d’Umberto Eco ou Jorge Luis Borges. Les amoureux du cinéma auront de la misère à s’extirper de l’hypnotique emprise qu'exerce La Conspiration. Une formidable mise en abîme sur le pouvoir du cinéma et de la contre-culture.
N.B. Roman culte depuis sa parution en 1991 aux États-Unis (la traduction française est sortie en 2006), Flicker est en projet d’adaptation à l'écran par Darren Aronofsky (Requiem for a Dream, Pi, The Fountain) à partir d’un scénario de Jim Uhls (Fight Club).
N.B.2 Merci à Goûts roux pour la recommandation !