Marcel Duchamp: une biographie
Mise en contexte : le 17 février 1913, 4 000 amateurs d’art se précipitent à l'Exposition internationale d'art moderne. Les 1 275 œuvres présentées sont le siège d’un clash entre art américain et avant-gardes européennes. La frénésie collective se dirige vers un tableau, ni cubiste, ni futuriste : le Nu descendant l'escalier. Dépravation, indécence, immoralisme: les épithètes fusent. L'American Art News promet 10$ à la personne pouvant expliquer le tableau. Les débats sont déchirants et passionnés. Est-ce une oeuvre diabolique ou un chef d'oeuvre libérateur ?
Débute le mythe Marcel Duchamp, figure totémique de l'art contemporain, qu’André Breton qualifiait d'"homme le plus intelligent du XXe siècle". Autoproclamé l'Anartiste, le Respirateur, selon l’appellation de son ami Henri Pierre-Roché: "J'aime mieux respirer que travailler (...) Je fais le moins de choses possibles" confie l’artiste américain né Rouennais.Un passage éclairant du livre: "Être là où on ne vous attends pas, prendre le contre-pied de ce que l’on a déjà fait, entretenir le mystère, réconcilier les oppositions. Toute sa vie, Marcel Duchamp avait fait des déclarations à l’encontre du goût, qu’il définissait comme une acclimatation au travail d’un artiste, née de la répétition. Il s’était élevé contre le côté rassurant du goût, qui permettait aux artistes de se conformer à ce qu’ils avaient déjà fait, puisque c’était l’attente de leur public."
Le principal apport de Duchamp est, bien sûr, l'invention du ready-made, l’objet banal et préfabriqué élevé au rang d'oeuvre d'art. Son héritage est revendiqué dès les années 50, de Rauschenberg à Beuys.
"Je voudrais voir la photo dégoûter les gens de la peinture, jusqu’au moment où quelque chose d’autre rendra la photographie insupportable"
Au fil de la lecture, on croise Francis Picabia, Man Ray, Raymond Roussel, Jean Cocteau, Constantin Brancusi, Max Ernst, John Cage, Andy Warhol. Publiquement apolitique, son désaccord sur l'appui d'Aragon au stalinisme ou sur les déclaration pro-Franco de Dali n’ont jamais empêché ces derniers d'élir unanimement Duchamp au Panthéon de l'art contemporain.
Puisque que nul n’est prophète dans son pays d’origine, Le Figaro signala le décès de Marcel Duchamp, en octobre 1968, dans la rubrique "jeu d’échecs" (il fut un des meilleurs joueurs d’échecs de France), alors que le New York Times l’annonça en première page.