18 octobre 2008

Maiden voyage

J’ai récemment profité de l’acquisition d’un nouvel Ipod pour "rafraîchir" ma collection de fichiers numériques et renouveler ma sélection musicale.

J’utilise principalement mon lecteur MP3 en vélo ou en courant. Il me faut donc quelque chose d’analeptique et d’entraînant. Pas de Bob Marley, ni de Sun Ra ou de Robert Wyatt, plus approprié au home listening.

Quelques-uns de mes mix préférés : Creamfields 2005 de Ferry Corsten, Jungle Drum & Bass Anthems, 45:33 de LCD Soundsystem (pas vraiment un mix, mais bon…)

J’ai également transféré sur mon lecteur le Fabric 25 de High Contrast. Vitaminé, fluide, énergétique, idéal pour soutenir l’effort et maintenir la pression. Avant de stocker l’album sur mon lecteur, je suis allé vérifier la discographie du DJ de Cardiff.

Le dernier album d’High Contrast, Tough Guys Don't Dance, est disponible depuis octobre 2007. Le premier extrait, If We Ever, est une superbe pièce retro jungle enregistré avec Diane Charlemagne.

J’ai également trouvé, en fouillant sur Soulseek [mots-clés "High Contrast" & "Essential Mix 2007"], une prestation offerte sur les ondes de BBC en 2007. De la dynamite : 120 minutes de pur liquid funk, brillamment mixé par le virtuose du genre. La star d’Hospital Record ouvre les hostilités avec un sublime remix du hit Talk de Coldplay. Ma garantie: les frissons vont vous parcourer l’échine dès les premiers breaks. L’as-DJ multiplie les build-up astucieux et les enchaînements soignés. À la vingt-cinquième minute, la dextérité et le génie du maestro ne font plus de doutes, alors que les premières notes de Forever And A Day se font entendre.

Pour ceux qui, comme moi, pensent qu’High Contrast est un dieu, allez immédiatement télécharger cet incroyable mix et classez le dans la section "incontournables".

15 octobre 2008

Tarkovski, un cinéma "intellectuel" ?

Un dimanche du mois de mai, en début de soirée. Le téléphone sonne. Jean-Philippe, un ami, m’appelle pour me signaler que le Canadian Film Institute projette Le Sacrifice, dernier film réalisé par Tarkovski avant son décès en 1986, ce soir, à Bibliothèque et Archives Canada. Je conviens avec J-P de le rejoindre devant la Bibliothèque dans une demi-heure.

J’embarque dans l’auto, me ramasse un café en chemin et arrive à la Bibliothèque à l’heure prévue.

On entre dans la salle de projection quelques minutes avant le début du film. Une douzaine de personnes sont dispersés dans les sièges. On choisit une place dans la sixième ou septième rangée et discute en attendant le début du film.

Un jeune couple (c’est ce qu’on présume) entre dans la salle. Le type arbore un t-shirt Osheaga. Ils s’assoient derrière nous, juste assez près pour que leur conversation nous soit audible.

- T’en a déjà vu, des films de Tarkovski ? demande le type.

- Non, répond innocemment la fille.

- Tu vas voir c’est bon. C’est du cinéma intellectuel.

Je manque m’étouffer avec mon café. J-P me demande si je suis correct, sourire en coin. Je réprime difficilement un fou rire, qui laisse place à l’envie de me retourner et signaler l’ineptie de la remarque à son auteur. Pas le temps, les lumières se tamisent et le film débute.

Depuis, l’anecdote m’est revenue à l’esprit. Je me suis longtemps demandé comment pouvait être associé la notion d’intellectualisme au cinéma de Tarkovski. Qu’est-ce que c’est, au juste, un film intellectuel ? Les thèmes de la mémoire, des chimères et des hantises dans Solaris, de la création, du statut de l’artiste et du mysticisme dans Andrei Roublev, de la foi et du surnaturel dans Stalker et de l’onirisme et des souvenirs dans Le Miroir ne sont pas particulièrement intellectuels, mais relèvent plutôt du domaine de l’irrationnel et de l’instinct. Les films de Tarkovski m’ont toujours donné l’impression d'être situé à l’opposé du rationnel et d’être plutôt à l’image d’un rêve : vaporeux, évanescents, en demi-teinte.

Est-ce que l’intellectualisme du cinéma de Tarkovski se manifesterait plutôt au niveau de la signature de l’auteur, du traitement, de la forme de l’œuvre ?

Le qualificatif pourrait s’appliquer au cinéma d’Eisenstein, dans la mesure où les films de ce dernier servent principalement à illustrer sa théorie du montage et constituent, d’une certaine manière, un manifeste esthétique, donc avec des idées, des concepts, des préceptes. Mais Tarkovski emprunte une démarche complètement différente selon moi. Son approche esthétique n’incarne aucune doctrine cinématographique et n’ont aucune finalité autre que de traduire en image les thèmes qu’il aborde.

Encore aujourd’hui, la remarque me rend perplexe. Je cherche une définition du genre, mais le terme cinéma intellectuel n’est pas recensé dans les ouvrages que j’ai consultés. Mis à part le formaliste soviétique, quel cinéma pourrait être qualifié d’intellectuel ?