"Convivial" de Luomo
« House. What is House ? » demandait LFO au début de Frequencies (1991).
Une question vaste et complexe menant à une variété d’interprétations. Certains affirmeront que le house est du disco génétiquement modifié par les drum machines. D’autres insisteront sur l’importance des vocals, sur l’infusion de saveurs soul ou sur la prédominance de la bass. Pour ma part, par paresse et par respect pour les institutions, je préfère attendre que l'Académie française se soit penché sur la question. D'autres, plus résolus, vont de l'avant en soumettant leur propre définition, leur vision singulière et personnelle du house. C’est le cas de Sasu Ripatti.
Sasu Ripatti est un musicien finlandais dont le génie se décuple en trois personnalités: Vladislav Delay (ambient dub), Uusitalo (tech-house) et Luomo (house). Qualitativement, aucune entité n'en supplante une autre, mais l'alias Luomo demeure le plus connu. Vocalcity, lancé en 2000 sur l'étiquette allemande Force Tracks, est toujours considéré comme un des meilleurs album house du début des années 2000, avec Bodily Functions d’Herbert. Il faut dire que Ripatti bénéficiait alors d’un solide capital de sympathie suite aux élogieuses critiques engendrées par les singles Huone et Ranta lancés sur la mythique étiquette berlinoise Chain Reaction.
Neuf ans après sa sortie, Vocalcity étonne toujours par son audace formelle, ses élégants contours oniriques et surtout son caractère innovateur: Luomo y glorifie les lieux communs du house tout en les déconstruisant.
Novembre 2008 : Ripatti récidive avec un cinquième album signé Luomo. Convivial, lancé sur le label indépendant de Ripatti, Huume Recordings, met en scène les éléments qui ont fait le succès de Vocalcity : textures analogues et vaporeuses, espaces sonores altérable, constructions lentes et imprévisibles. Des fresques labyrinthes ponctuées de cadences instables, de structures friables et ondoyantes, de microcosmes prismatiques et fugaces. Pourquoi changer une formule gagnante ?
Convivial s’apprécie comme un film de Tarkovski, soit par la désappropriation de la mémoire et du temps. Un pied dans le matériel et l’autre dans l’éther.
Comme sur Vocalcity, les vocal guests jouent un rôle crucial. Cassy Britton, Sascha Ring et l’incontournable Robert Owens juxtaposent leurs voix aux synthés chatoyants de Luomo. Bémol : l’éreintante et excessivement démonstrative prestation de Johanna Iivanainen sur Nothing Goes Away.
Convivial constitue une autre incarnation de la vision unique et stylisée du house de Sasu Ripatti. Une importante contribution repoussant un peu plus les frontières d’un genre aussi marginal que le house.
0 comments:
Enregistrer un commentaire