31 mai 2009

Fabric frappe fort avec Omar S.

Fidèle à la tradition de la maison, la série Fabric nous offre un nouveau et hypnotisant mix-odyssée. Le numéro 45 consiste en un invitant voyage sonore à travers l’univers sonore d’Alex Smith aka Omar S. Ce dernier assume pleinement l’héritage musical local en proposant du Detroit Techno tel qu‘on l’aime: minimal, dépouillé, texturé. Construit uniquement à partir de pièces produites par le DJ, le mix atteint son paroxysme avec le hit "Psychotic Photosynthesis", lancé il y a quelques mois sur l'étiquette de Theo Parrish, Sound Signature.

Omar fait plaisir aux puristes en annonçant ses couleurs avec assurance: "The music on this CD is fully 100% Analog - No computer bullshit programs." peut-on lire dans la pochette.

Une entrevue est disponible sur le site d’XLR8R.

28 mai 2009

Simulacres, impostures et supercheries

À la Maison de la culture Frontenac se tient, jusqu'au 6 juin, l'exposition "Le cabanisme: perspective sur un mouvement méconnu". Une vingtaine d'œuvres documente l’évolution d'un regroupement artistique lancé à la fin des années 60 par Yvon Chassé. Inspiré par l'expression "ma cabane au Canada", les cabanistes s'intéressaient, au plus fort du mouvement, à l’émancipation de la culture populaire québécoise en la recontextualisant dans le prisme de l'art moderne. Les curieux voudront connaître la place occupée par le cabanisme dans l'histoire de l'art québécois. La réponse : aucune. L'exposition s'avère être une duperie avouée menant à une réflexion autodérisoire sur les conventions régissant la relation artiste / spectateur (ou regardeur, selon la préférence).

Le concept fait penser au film Rechercher Victor Pellerin de Sophie Deraspe. Une ancienne coqueluche du milieu artistique montréalais disparait délibérément du paysage au début des années 90. Quinze ans plus tard, une documentariste dresse un portrait du peintre en interrogeant différents proches ayant partagé le parcours dudit Pellerin. Un complexe travail de recherche sur un artiste qui n'a, finalement, jamais existé. Le leurre mis en place par la cinéaste pose alors la question de la relation entre le créateur et ses commentateurs.

Ces récentes manifestations du semblant et de la tromperie témoignent de l'intérêt grandissant pour la supercherie. Les amateurs d'italo-disco se souviendront du single Disco Club signé Black Devil, lancé en grandes pompes il y a cinq ou six ans par l'étiquette Rephlex. La réédition de ce "classique" du genre, supposément introuvable depuis la fin des années 70, fait encore sourciller. Selon la rumeur, le label aurait orchestré la duperie en produisant lui-même le trésor oublié et en l'annexant d'une genèse difficilement vérifiable.

L'empreinte de l'imposture et de la supercherie se vérifie aussi dans les docufictions, de plus en plus présents sur les écrans. Du C'est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux (1992) au récent Je veux voir de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (2008) en passant par La Moitié gauche du frigo de Philippe Falardeau (2000), le simulacre acquiert progressivement ses lettres de noblesse. Les concepteurs de la série télé Les Invincibles joue sur le même registre en intégrant de fausses entrevues entre le réalisateur et les personnages, ajoutant ainsi une valeur documentaire au récit. L'exemple le plus tapageur des dernières années est bien entendu le Death of a President de Gabriel Range (2006), qui entremêlait images d'archives et scènes fictives afin de documenter un faux événement. De manière plus subtile, les frères Dardenne (Rosetta, Le fils, L'enfant) contaminent l'espace fictionnel de leurs films d’une facture propre au cinéma documentaire (caméra à l’épaule, éclairages et sonorités ambiantes, …).

Comment germe l’idée d'inventer une histoire et une géographie dans le but de créer une réalité parallèle ? Est-ce une volonté de réévaluer le réel en le réinventant ?

Dans Simulacres et simulation, Jean Baudrillard propose une piste de réflexion en notant qu'"il n'est plus possible de partir du réel et de fabriquer de l'irréel, de l'imaginaire à partir des données du réel. Le processus sera plutôt inverse : ce sera de mettre en place des situations décentrées, des modèles de simulation et de s'ingénier à leur donner les couleurs du réel, du banal, du vécu, de réinventer le réel comme fiction, précisément parce qu'il a disparu de notre vie". Radical, Baudrillard en vient à affirmer que "le réel n'existe plus" suite à la "liquidation de tous les référentiels".

Ce rapport équivoque au réel pave la voie à la notion d'hyperréalité, qui suppose que la multitude d'images meublant le monde contemporain crée une réalité qui dépasse sa propre essence. L'image devient plus réelle que le réel et provoque l’émergence de l'hyperréalité. La reproduction et le spectacle prennent la place de l'expérience. Cette illusion de la réalité objective atteint un stade d'hyperréalité totale, où la réalité subjective devient la simulation de quelque chose qui n'a jamais réellement existé. En commentant sa théorie, Baudrillard a causé la controverse en citant l'exemple des images de 9/11, dont la diffusion répétée des images faisait en sorte que les événements relevaient du “spectacle", révélant notre incapacité à le relier au monde réel. Un autre exemple probant est celui de la "culture de la peur" alimentée par les médias de masse (menaces de pandémies, bogue de l'an 2000, accommodements raisonnables...). Un phénomène entretenu par la dramatisation et la répétition d'images qui nourrissent l'angoisse et l'inquiétude de la population. Or, cette supposée menace du monde extérieur est facilement contredite par les statistiques.

22 mai 2009

Billet d’humeur

Il y a quelques années, je suis tombé, un dimanche après-midi, sur un vieil épisode de Star Trek, la série télé. Des membres de l’équipage de l’USS Enterprise se retrouvaient, suite à une erreur dans les calculs de téléportation, sur une microplanète lointaine où s’affrontaient des dinosaures et des hommes préhistoriques. Les acolytes, forcément déstabilisés par le gouffre temporel séparant leur monde futuriste du décor inapprivoisé dans lequel ils se retrouvaient, devaient trouver le moyen de s’extirper d’un monde où la technologie s'avérait inopérante.

J'ai une impression similaire quand je vais à Québec. La capitale semble être à l’image de cette planète anachronique et périmée dépeinte dans l’épisode de Star Trek. Comme si la ville se situait dans un timewarp décalé par rapport au reste du monde. Québec fait penser à une île isolée où les repères temporels se dissolvent. La simultanéité y est particulièrement défaillante lorsqu’il est question de la scène musicale.

Est-ce qu’il y a un autre endroit, à part Québec, où Def Leppard et Supertramp peuvent encore espérer remplir les gradins ? Le plus gros évènement musical de Québec des derniers mois ? Nostalgie 80, spectacle décadent présenté en avril dernier dans un Colisée assiégé par une horde d’hurluberlus arborant ostentatoirement couleurs fluo, épaulettes, toupets crêpés et cheveux gaufrés. Encore plus consternant, les 11 000 spectateurs ont déboursé en moyenne 70$ pour voir défiler d’insignifiantes vedettes déchues des années 80.

Pour certains, la musique des années 80 désigne les innovations techniques de Grandmaster Flash, le néo-psychédélisme de Phuture et le post-punk de Talking Heads et Sonic Youth. Pour d’autres, c’est Samantha Fox et Bon Jovi. Déplorable.

Les gens de la capitale sont encore exaltée d’avoir eu la visite de Paul McCartney en guise d’apothéose du 400e. Peu importe le statut légendaire de la méga-vedette, il s’agit d’un anglophone venu de la métropole chanter Band on the Run et ses autres succès des années 60 et 70 devant une foule censée célébrer l’héritage français de sa ville. Comparativement, la ville de Mannheim, en Allemagne, soulignait, en 2007, son 400e en commanditant une œuvre de Carsten Nicolai (alva noto) et Ryuichi Sakamoto, que l’étiquette Raster-Noton vient de rentre disponible sous le titre Utp_. Nicolai et Sakamoto n’engrangent probablement pas d’aussi importantes "retombées économiques" que Sir Paul, mais la résonnance artistique de leur œuvre me semble nettement plus actuelle.